Pensez-vous que l’altruisme véritable existe ?

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Effectivement, je pense que l’altruisme véritable existe.
Je crois surtout que notre occident tend à nous déconnecter ou nous déposséder de celui-ci. L’esprit, vaste et infini, est tellement malléable que la construction d’un « JE » (dans son sens permanent, unique, le fameux « je pense donc je suis ») est difficile à effacer de notre conscience surtout quand il est enraciné à sa base…avec toute la souffrance qui en découle. Les mots sont aussi facteurs de ce développement car ils formatent notre élaboration de la pensée et la limite en un sens ; ils nous permettent de nommer, de figer, de rendre une certaine réalité duelle.

Donc l’altruisme, qui induit de part son sens une dualité, et je favoriserai donc le terme de compassion…peut, et doit être cultivé. En effet, si la souffrance est ressentie à un endroit, elle doit être combattue partout.
Dans ce grand Tout, qui ne fait qu’un, la matière en est venu à créer (entre autre) le genre humain et sa conscience qui n’est juste un moyen d’expression parmi tant d’autre, une sorte de lucarne de la matière qui s’observerait donc elle même. En ce sens lorsque, je contemple les étoiles, j’arrive à les toucher, je ressens ainsi « l’infini dans la paume de la main » lorsque je contemple un grain de sable.
C’est pour cela qu’il faut cultiver les sentiments positifs …juste par compassion et seulement parce qu’ils existent et qu’ils sont ressentis.

Je finirai donc par ce texte (composé d’une phrase empruntée à M.Ricard et pour l’autre, au livre « l’enseignement du bouddha »):

« IL N’Y A PAS DE PENSEUR DERRIÈRE LA PENSÉE, ELLE EST ELLE MÊME LE PENSEUR »,
« SEULE LA SOUFFRANCE EXISTE MAIS ON NE TROUVE AUCUN SOUFFRANT,
LES ACTES SONT MAIS ON NE TROUVE PAS D’ACTEUR,
CAR LA VIE EST MOUVEMENT ET SEULEMENT MOUVEMENT… »

L’Université de Nalanda

Après Kusinagar et Kesaria, le pèlerinage nous a conduits à la grande Université de Nalanda située à environ 90 km au SE de Patna et à quelques kilomètres de Rajgir.
Nalanda fut une des premières universités du monde et la plus grande université bouddhiste de l’histoire. Elle fut établie au temps de la dynastie Gupta pendant le règne de l’empereur Karagupta. Le complexe fut érigé en briques rouges et ses ruines s’étendent sur 14 hectares.

On dit que le Bouddha a séjourné plusieurs fois à Nalanda. Plus tard, l’empereur Ashoka (250 BC) y construisit un stupa à la mémoire de Sharipoutra, un des deux plus proches disciples du Bouddha. Les ruines de ce stupa sont aujourd’hui le plus grand monument de Nalanda (voir photo ci-dessous).
Beaucoup de grands panditas indiens, dont Nagarjouna, Aryadéva, Chandrakirti et Shantidéva, enseignèrent à Nalanda.

Au sommet de sa gloire, Nalanda abritait plus de 10.000 étudiants et 2.000 professeurs. L’université était considérée comme un chef d’œuvre architectural, elle était caractérisée par un hall élevé et un portail. Nalanda comportait huit ensembles de bâtiments et dix temples en plus de nombreuses salles de méditations et d’étude. Elle était entourée de parcs et de lacs.
Les sujets enseignés à l’Université de Nalanda couvraient chaque domaine de la connaissance ce qui attirait des étudiant de Corée, du Japon, de Chine, du Tibet, d’Indonésie, de Perse et de Turquie. Les étudiants apprenaient les sciences, l’astronomie, la médecine et principalement la métaphysique et la philosophie.

La librairie de Nalanda appelée Dharma Gunj (Montagne de Vérité) ou Dharmagañja (Trésor de Vérité) rassemblait la collection de connaissances bouddhistes la plus connue du monde. Cette collection était réputée pour comprendre des centaines de milliers de volumes. Quand, en 1193, elle fut incendiée par les envahisseurs musulmans menés par le Turc Bakhtiar Khilji, elle brûla pendant des mois.

Sa Sainteté le Dalai Lama dit souvent que la tradition tibétaine du bouddhisme fait partie de la tradition de Nalanda. On peut donc dire que les érudits actuels du bouddhisme tibétain gardent vivante la tradition de l’Université de Nalanda.

Le Dalaï-lama parle de la science

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Discours inaugural du Dalaï-lama à la rencontre organisée par le Mind and Life Institute à Delhi en Novembre, 2010, entre contemplatifs indiens et scientifiques.

Chers frères et sœurs
Comme les orateurs précédents l’ont déjà dit, je désire vous raconter qu’au début, c’est ma propre curiosité qui m’a donné envie de commencer un dialogue avec des scientifiques. Je suis intéressé par les sciences modernes depuis l’enfance. En 54-55, alors que je me trouvais à Beijing avec le Président Mao, il m’a dit :
« Votre manière de penser est très scientifique. »

Il y a une quarantaine d’années, alors que je pensais sérieusement à établir un dialogue avec des scientifiques, une amie américaine bouddhiste m’a dit :
« Faites attention, la science tue les religions, vous devriez donc être très prudent. »

J’ai pensé « Hmmm… ». Dans les traditions orientales, la tradition indienne et la tradition bouddhiste indienne, spécialement celle de l’université de Nalanda, tous les grands philosophes, les maîtres bouddhistes comme Nagarjoûna, Aryadéva, Dignaga, Bhavavivéka et Chandrakirti, ont insisté sur la recherche et l’investigation. Ils étaient comme des « professeurs » à Nalanda. Selon les propres recommandations de Bouddha, ils examinèrent ses paroles pour voir ce qui logique et raisonnable et ce qui ne l’était pas. Le critère ultime était donc la raison.

Ce qui signifie que les grands maîtres indiens n’acceptaient pas à priori les enseignements du Bouddha, ils utilisaient le raisonnement et l’analyse pour examiner le contenu du texte. Cette manière de faire est basée sur une parole du Bouddha qui dit : « Mes disciples ne doivent pas accepter mon enseignement simplement à cause de leur foi et de leur dévotion, mais au contraire l’analyser, comprendre sa signification et ensuite le mettre en pratique. » Il s’agit donc d’une approche très scientifique, sceptique, faite avec un esprit ouvert.

Une fois que vous avez découvert la nature véritable de quelque chose, l’étape suivante est de considérer les bienfaits de cette découverte. Je me suis donc dit que les méthodes d’investigation des scientifiques étaient similaires aux approches orientales.  Et j’ai pensé « « La science n’est vraiment pas très dangereuse, (rire) et ces professeurs de Nalanda étaient comme des scientifiques ». Au début, le dialogue s’est établi entre moi-même, mon interprète Thubtèn Djinpa et quelques amis.

Je me souviens qu’à une occasion, à Newport Beach en Californie, une dame qui était une philosophe des sciences mondialement réputée pensait, au début de la rencontre, qu’il n’y avait pas la moindre base de dialogue entre les bouddhistes et les scientifiques. Elle croyait que la rencontre serait inutile ou ennuyeuse, comme me le montrait son expression. Mais, quand nous avons commencé à discuter, elle m’a dit :
« Votre tradition bouddhiste est vraiment étrange, elle ne comporte ni dieu, ni créateur, ni idées de permanence. »

Evidemment, les bouddhistes adoptent le point de vue de l’anatman (l’absence d’existence d’un soi). Dès lors, elle montra beaucoup d’intérêt et, pendant les pauses thé, elle me posa beaucoup de questions.

Donc, au début, j’étais motivé surtout par la curiosité.
Quand, au début des rencontres du « Mind and Life Institute », j’ai suggéré à nos institutions monastique en Inde qu’il serait judicieux d’étudier les sciences modernes, elles n’ont pas été très réceptives, surtout en ce qui concerne l’ancienne génération des érudits. J’ai donc du leur donner plus d’explications. Au bout de quelques années, plusieurs étudiants ont commencé à s’intéresser et à participer au « Programme de Science pour les Moines » établi avec, spécialement, l’aide de l’université d’Emory. Il y a maintenant toute une série de manuels traduits en tibétain qui sont distribués dans nos institutions monastiques.

Dans les universités monastiques, nous étudions la pensée ancienne non bouddhiste, surtout la pensée hindouiste. Mais j’ai toujours dit à ces moines plus âgés : « Quand nous étions au Tibet et que vous y étudiiez ces textes, vous n’étiez pas en relation directe avec des philosophes non bouddhistes, vous ne faisiez qu’étudier ces anciens textes et en écrire des réfutations. Maintenant nous sommes en Inde, il y a donc des représentants vivant de ces traditions, qui les ont étudiées et mise en pratique. Vous devriez aller recevoir des enseignements de ces gens. Au lieu d’étudier des philosophies plus ou moins mortes, il est très important d’étudier des traditions vivantes, le Christianisme, l’Islam, la philosophie moderne, ainsi que les ouvrages des anciens philosophes occidentaux comme Platon et Aristote.

 

Au cours des trente dernières années, de plus en plus de scientifiques ont montré un intérêt sincère pour les vues bouddhistes sur l’esprit et sa relation avec le corps. Grâce à cela, plusieurs institutions scientifiques en Amérique et en Europe ont entrepris des recherches.
Cette collaboration à deux buts. Le premier est simplement d’étendre notre connaissance non seulement au sujet de la matière, des particules et des molécules, mais aussi au sujet de l’esprit.

Je dis parfois à mes amis scientifiques : « Vous n’avez analysé que ce qui est perceptible dans le monde extérieur. Maintenant vous commencer à analyser aussi la vie intérieure, mentale. »
Donc le premier but est d’étendre notre connaissance générale. Le second devrait être d’apporter plus de bonheurs aux êtres humains et de protéger l’environnement.
Les découvertes scientifiques ont parfois été utilisées à des fins de destruction, pour construire des armes. Ces très belles recherches scientifiques, qui sont une fontaine de connaissance, sont utilisées pour détruire. Dans ces cas, les connaissances scientifiques et l’intelligence mènent à des désastres.

Bien qu’intellectuellement brillances, certaines personnes souffrent d’anxiété et peuvent finir par avoir des dépressions nerveuses.  Doc, pour utiliser notre intelligence de manière constructive, nous devons faire grandir notre conscience de l’humain, pour éduquer notre cœur et développer notre sens des responsabilités, notre préoccupation du bien être des autres.  Vous comprenez ?

Les traditions religieuses enseignent ces valeurs humaines depuis des millénaires mais, pour la plupart, les gens n’ont pas vraiment été influencés par elles. Je suis un bouddhiste et je considère donc le Bouddha comme l’incarnation de la sagesse et de la compassion. Malgré cela, le Bouddha n’a pas pu inspirer tout le monde.  Alors même qu’il vivait en Inde, le Bouddha n’a pas pu rendre toute l’Inde paisible.

Les autres traditions, par exemple la tradition Jaïn, ont essayé de rendre les êtres humains plus compatissants et paisibles, mais elles ont aussi échoué. Au cours du dernier millénaire, des millions de gens ont bénéficié de ces traditions, mais la religion seule ne suffit pas, c’est un fait. Voilà pourquoi j’ai promu la notion de « morale laïque », pour pouvoir cultiver les valeurs humaines de base indépendamment des croyances religieuses.

L’Inde est un excellent exemple de pays laïque qui, selon sa constitution, n’est ni contre les religions, ni spécialement associée à une religion en particulier.
Avoir le cœur plus ouvert procure des bienfaits sans fin, y compris pour votre santé. Il n’est pas utile de trop penser à votre prochaine vie. Vous pouvez ressentir les bienfaits immédiats d’un cœur plus chaleureux, qui vous donnera une meilleure santé, vous rendra plus paisible, compatissant et joyeux. La source fondamentale de tous ces bienfaits est la compassion. C’est pourquoi il ne faut pas se servir de cette remarquable intelligence qui est la notre seulement pour un développement matériel.

Depuis plusieurs milliers d’années, on a fait en Inde beaucoup de recherches sur toutes ces traditions qui incluent le Samadhi (concentration), le Vipassana (vision pénétrante) et d’autres techniques. Elles ont évidemment apporté beaucoup d’explications à propos de l’esprit et de ses fonctions. Donc il y a une quantité de matériel au sein de ces traditions et beaucoup l’étudient. Puisque la science et la technologie peuvent mener à de dangereuses applications, il faut, pour pouvoir les contrôler, les équilibrer par une autre force, qui doit aussi se baser sur la morale laïque. C’est ma manière de voir les choses.

Maintenant, pour la première fois, nous nous rencontrons ici en Inde, contemplatifs et scientifiques ensemble. J’en suis extrêmement heureux.
Je dis toujours que pour nous, bouddhistes, l’Inde est notre Gourou. Nous sommes les disciples, les « chela ». Parfois, j’ajoute que nous sommes de très bon, très fiables « chela ». Parfois, mi plaisantant, mi sérieux, je dis à des Indiens que, puisque nous avons une si profonde relation gourou disciple, quand le « chela » a des problèmes, cela implique que le gourou a une certaine responsabilité d’aider le « chela ».

Toute notre connaissance vient de ce pays, je me considère donc comme un messager de la pensée indienne ancienne et j’essaie, ça et là, au cours de mes voyages à travers le monde, de faire quelques contributions. Evidemment la communication est parfois difficile mais de toute façon, où que j’aille, je parle toujours d’amour et de compassion, ces valeurs que je considère importantes et qui peuvent être développées. Maintenant mon maître, mon Gourou, mon boss si vous voulez, l’Inde, devrait prendre un rôle plus actif dans la promotion de l’harmonie religieuse et de la non-violence, valeurs qui procèdent d’un cœur aimant. J’espère vraiment que cela arrivera.

Au cours de ce genre de rencontre en Inde, vous faites part de votre souhait que nous puissions continuer à nous rencontrer. De mon côté, en tant que disciple, il est de mon devoir de faire tout ce que le Gourou peut souhaiter, c’est à dire de vous servir. Donc aussi longtemps que mon corps sera actif, dix ans peut-être – j’aurai alors quatre-vingt cinq ans – je pourrai le faire. Hier il y avait ici un yogi, Iyengar, qui a quatre-vingt treize ans. Je ne sais pas si je pourrai rester aussi actif que lui quand j’arriverai à cet âge, mais aussi longtemps que j’en serai capable, je suis à votre disposition.

Sur l’impermance de toutes choses

PADMASAMBHAVA (VIIIe siècle)
Comme le torrent se précipite vers la mer,
Comme le soleil et la lune glissent par-delà les montagnes du couchant,
Comme les jours et les nuits, les heures et les instants s’enfuient,
La vie humaine s’écoule inexorablement.

NAGARJUNA (1er siècle)
Si cette vie que bat le vent de mille maux
Est plus fragile encore qu’une bulle sur l’eau,
Il est miraculeux, après avoir dormi,
Inspirant, expirant, de s’éveiller dispos !

Qu’est-ce que le bouddhisme entend par Eveil ?

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L’Eveil est la fin de toute méprise quant à la nature de la réalité, associée à une compassion sans limites. Une connaissance qui n’est pas, comme dans la science, une accumulation de données, mais une compréhension des modes d’existence relatif (la façon dont les choses nous apparaissent) et ultime (leur véritable nature) de notre esprit et du monde. Cette connaissance est l’antidote fondamental de l’ignorance et de la souffrance.

Par ignorance on n’entend donc pas ici un simple manque d’information, mais une vision fausse de la réalité qui nous fait croire que les choses sont permanentes et solides, et que notre moi existe vraiment, et à cause de laquelle nous confondons le plaisir passager ou le soulagement d’une souffrance avec le bonheur durable. C’est cette ignorance qui nous pousse également à tenter de construire notre bonheur sur la souffrance des autres.

Nous nous attachons à ce qui peut satisfaire notre moi et nous éprouvons de la répulsion pour ce qui paraît lui nuire. De fil en aiguille, les événements mentaux s’enchaînent, engendrent de plus en plus de confusion dans notre esprit et aboutissent à un comportement totalement égocentrique. L’ignorance se perpétue et notre paix intérieure est détruite.
La connaissance dont parle le bouddhisme est l’antidote ultime de la souffrance. Dans cette perspective, if faut convenir que connaître la luminosité des étoiles ou la distance qui les sépare n’est pas d’une utilité absolue et ne nous apprend pas même comment devenir de meilleurs êtres humains.

On cite le cas d’un homme qui interrogea le Bouddha sur certains points de cosmologie. Ce dernier prit une poignée de feuilles et demanda au visiteur : “Y a-t-il plus de feuilles dans mes mains, ou dans la forêt ?” “Il y en a certes bien plus dans la forêt,” répondit l’homme. Le Bouddha poursuivit : “Eh bien, les feuilles que je tiens dans ma main représentent les connaissances qui conduisent à la cessation de la souffrance.”

Le Bouddha montrait ainsi l’inutilité de certaines interrogations. Le monde offre un champ d’études illimitées, aussi nombreuses que les feuilles de la forêt. Si ce que l’on désire par-dessus tout dans cette vie est d’atteindre l’Eveil, il est préférable de s’y consacrer entièrement en rassemblant dans ses mains les seules connaissances qui concourent à la réalisation de ce souhait.

Son bonheur passe il par celui des autres ?

 

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Un bonheur pour soi tout seul ? Serait-il possible en négligeant celui des autres ou pire en essayant de le construire sur leur malheur ? Un « bonheur » élaboré dans le royaume de l’égoïsme ne peut être que factice, éphémère et fragile comme un château bâti sur un lac gelé, prêt à sombrer dès les premiers dégels. Parmi les méthodes maladroites, aveugles ou même outrancières que l’on met en œuvre pour construire le bonheur, l’une des plus stériles est donc l’égocentrisme. « Quand le bonheur égoïste est le seul but de la vie, la vie est bientôt sans but », écrivait Romain Rolland. Même si l’on affiche toutes les apparences du bonheur, on ne peut être véritablement heureux en se désintéressant du bonheur d’autrui.

Shantideva, philosophe bouddhiste indien du VIIe siècle, s’interroge : « Puisque nous avons tous un égal besoin d’être heureux, par quel privilège serais-je l’objet unique de mes efforts vers le bonheur ? » Je suis un et les autres sont innombrables. Pourtant, à mes yeux, je compte plus que tous les autres. Telle est l’étrange arithmétique de l’ignorance. Comment être heureux si tous ceux qui m’entourent souffrent ? Et s’ils sont heureux, mes propres tourments ne me semblent-ils pas plus légers ? Shantideva conclut :
« Le corps, malgré la diversité des membres, est protégé comme un être unique : il doit en être ainsi de ce monde où les êtres divers, qu’ils soient dans la douleur ou la joie, ont en commun avec moi le désir de bonheur. » Cela ne signifie nullement qu’il nous faille négliger notre propre bonheur. Notre aspiration au bonheur est aussi légitime que celle de n’importe quel être. Et pour aimer les autres il faut savoir s’aimer soi-même. Cela ne revient pas à être infatué de la couleur de ses yeux, de sa silhouette ou de certains traits de sa personnalité, mais à reconnaître à sa juste valeur l’aspiration à vivre chaque moment de l’existence comme un moment de plénitude. Il est essentiel de comprendre qu’en faisant le bonheur des autres on fait le sien : lorsqu’on sème un champ de blé, le but est de récolter du grain, et on obtient en même temps, sans effort particulier, la paille et le son.

En résumé, le but de l’existence est bien cette plénitude de tous les instants accompagnée d’un amour pour chaque être, et non cet amour individualiste que la société actuelle nous inculque en permanence. Le vrai bonheur procède d’une bonté essentielle qui souhaite du fond du cœur que chacun trouve un sens à son existence. C’est un amour toujours disponible, sans ostentation ni calcul. La simplicité immuable d’un cœur bon.